L’offense peut faire dérailler une trajectoire
Dans les deux premières leçons, nous avons vu que l’offense est un appât : elle se présente à nous, mais nous ne sommes pas obligés de la prendre. Cette troisième leçon va plus loin. Une offense gardée dans le cœur ne reste pas forcément au même niveau. Elle peut progressivement influencer notre manière de penser, de décider, de parler, d’aimer et même de discerner la direction de Dieu.
Une personne peut continuer à aller à l’église, à prier ou à servir tout en portant intérieurement une offense non traitée. Elle peut être invisible aux autres et parfois même à nous-mêmes. Nous pouvons nous croire passés à autre chose alors que certaines réactions et décisions restent gouvernées par ce qui nous a blessés.
« 10Alors aussi plusieurs seront scandalisés, et se livreront l’un l’autre, et se haïront l’un l’autre. »
Matthieu 24.10 · JND
Dans ce passage, l’offense n’apparaît pas seule. Elle ouvre sur une progression : offense, trahison, haine. Ce qui commence comme une blessure reçue peut, si nous la gardons, devenir un point de départ vers quelque chose de beaucoup plus destructeur.
C’est pourquoi il faut prendre l’offense au sérieux sans pour autant vivre dans la peur. Les occasions viendront. Le véritable enjeu est de savoir ce que nous allons en faire.
Rester dans la volonté de Dieu demande parfois de refuser une réaction légitime
L’une des difficultés du pardon est que certaines offenses nous donnent de très bonnes raisons d’être en colère. Nous pouvons avoir été réellement trahis, humiliés, abandonnés, trompés ou maltraités. La blessure n’est pas imaginaire. Pourtant, le fait d’avoir raison sur ce qui s’est passé ne signifie pas que toutes les réactions qui en découlent vont nous conduire dans la bonne direction.
L’offense peut pousser à agir trop vite, à rompre au mauvais moment, à commencer quelque chose par réaction, à nous retirer d’un endroit où Dieu nous faisait encore grandir, ou au contraire à rester enfermés dans une situation uniquement parce que notre cœur ne sait plus discerner clairement. Une décision peut sembler spirituelle tout en étant alimentée par une blessure.
Le pardon devient alors une protection de notre trajectoire. Il ne réécrit pas le passé et ne rend pas le mal acceptable. Il empêche simplement ce qui nous est arrivé de décider à notre place de ce qui viendra ensuite.
La grâce ne nous commande pas seulement de pardonner. Elle nous donne aussi la force de le faire. Certaines offenses sont trop lourdes pour être traversées par une simple discipline émotionnelle. Nous avons besoin de quelque chose de plus grand que notre propre volonté.
Cinq vies qui auraient pu être déraillées par l’offense
La Bible montre plusieurs personnes qui avaient des raisons humaines de garder l’offense. Leur réaction nous aide à voir ce qui peut se produire lorsque nous refusons de laisser la blessure choisir notre destination.
Joseph : l’offense aurait pu produire l’amertume
Joseph est trahi par ses propres frères, jeté dans une citerne, vendu comme esclave, accusé injustement puis emprisonné. Des années plus tard, il se retrouve pourtant en position de pouvoir face à ceux qui lui avaient fait du mal.
« 20Vous aviez médité de me faire du mal : Dieu l’a changé en bien, pour accomplir ce qui arrive aujourd’hui, pour sauver la vie à un peuple nombreux. »
Genèse 50.20 · LSG
Joseph ne nie pas leur intention : ils avaient voulu lui faire du mal. Mais il refuse de laisser cette intention devenir la définition de toute son histoire. S’il avait laissé l’offense mûrir en lui, il aurait pu arriver au pouvoir rempli de vengeance. Au lieu de cela, il est capable de reconnaître que Dieu a continué d’agir malgré ce qu’on lui avait fait.
L’offense aurait pu le rendre amer. Le pardon l’a laissé disponible pour ce que Dieu voulait encore accomplir à travers lui.
David : l’offense aurait pu le faire agir avant le temps
Saül poursuit David, cherche à le tuer et lui donne de multiples raisons de vouloir se défendre. Pourtant, lorsque David a l’occasion de porter lui-même la main sur Saül, il refuse de prendre le raccourci.
« 12L’Éternel sera juge entre moi et toi, et l’Éternel me vengera de toi ; mais je ne porterai point la main sur toi. »
1 Samuel 24.12 · LSG
David aurait pu justifier une action prématurée : il avait déjà été oint pour devenir roi et Saül cherchait sa mort. Mais être appelé à quelque chose ne signifie pas que nous pouvons y entrer n’importe quand.
L’offense peut nous faire confondre impatience et direction de Dieu. Elle peut donner une énergie très forte à une décision qui n’est pourtant pas encore mûre. L’honneur et la confiance en Dieu ont permis à David de ne pas forcer le calendrier.
Jésus : l’offense aurait pu interrompre l’œuvre de la croix
Jésus est rejeté, moqué, battu et crucifié par ceux qu’il est venu sauver. Pourtant, au milieu même de la violence, sa réponse reste tournée vers le pardon.
« 34Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font. »
Luc 23.34 · LSG
Le contraste est immense : ceux qui le font souffrir ne lui donnent aucune raison humaine de leur faire grâce. Pourtant, l’offense ne prend pas le contrôle de sa mission. Le pardon reste plus fort que la provocation, la souffrance et l’injustice.
Cela ne réduit en rien la gravité de ce qu’il subit. Cela montre plutôt qu’une blessure peut être réelle sans devenir le maître de notre réponse.
Étienne : l’offense aurait pu transformer la souffrance en malédiction
Lorsqu’Étienne est lapidé, la violence qu’il subit pourrait naturellement appeler la vengeance. Pourtant, sa dernière posture reste tournée vers Dieu et non vers la haine de ceux qui le tuent. Même dans une situation extrême, l’amour garde son cœur de devenir semblable à ce qui l’attaque.
Le point n’est pas de prétendre que nous réagirions facilement de la même façon. Il est de voir ce que la grâce peut produire : elle peut préserver notre identité même lorsque nous sommes confrontés à une injustice profonde.
Paul : l’offense aurait pu réduire sa voix au silence
Paul connaît les coups, les prisons, les dangers, les naufrages, les nuits sans sommeil, les trahisons et même les conflits venant de personnes qui se disent croyantes. Il avait largement de quoi conclure qu’il en avait assez.
Dans 2 Corinthiens 11.23-28, il dresse une longue liste de ce qu’il a traversé : emprisonnements, coups, dangers, privations, naufrages et pression constante pour les Églises. Pourtant, tout cela ne devient pas une raison pour abandonner son appel.
« 22La foule se souleva aussi contre eux, et les préteurs, ayant fait arracher leurs vêtements, ordonnèrent qu’on les battît de verges. 23Après qu’on les eut chargés de coups, ils les jetèrent en prison, en recommandant au geôlier de les garder sûrement. 25Vers le milieu de la nuit, Paul et Silas priaient et chantaient les louanges de Dieu, et les prisonniers les entendaient. »
Actes 16.22-23,25 · LSG
Battus et enfermés, Paul et Silas auraient pu passer la nuit à répéter l’injustice qu’ils venaient de subir. À la place, on les entend prier et chanter. Leur joie n’a pas nié les coups ; elle a empêché les coups de devenir le centre de leur identité.
L’offense aurait pu réduire la voix de Paul au silence. Elle ne l’a pas fait.
L’offense suit une progression
Une offense que nous gardons ne reste pas toujours une simple offense. Elle peut suivre une progression :
- La blessure : ce qui vient de l’extérieur atteint notre cœur.
- L’amertume : la blessure non traitée commence à fermenter.
- Le ressentiment : nous commençons à vivre en opposition intérieure à la personne ou à la situation.
- L’amour qui refroidit : notre cœur se durcit et notre capacité à aimer se réduit.
- Une prise spirituelle : l’ennemi trouve un terrain sur lequel alimenter davantage de pensées destructrices.
- L’éloignement : la Parole, la présence de Dieu et la direction du Saint-Esprit deviennent de moins en moins centrales dans notre quotidien.
Ce processus n’est pas automatique ni irréversible. Il décrit ce qui peut arriver lorsque l’offense reste sans traitement. C’est précisément pour cela qu’il faut intervenir tôt.
Nous avons déjà vu l’importance de pardonner rapidement. Ici, trois mouvements très pratiques permettent de commencer à libérer une offense qui a déjà pris de la place.
1. Reconnaître la douleur sans se condamner
Le premier pas n’est pas de prétendre que tout va bien. Dieu ne nous demande pas de nier ce qui nous a fait mal.
« 8En tout temps, peuples, confiez-vous en lui, répandez vos cœurs en sa présence ! Dieu est notre refuge. »
Psaume 62.8 · LSG
Répandre son cœur devant Dieu suppose de lui dire la vérité. Nous pouvons reconnaître : « Cela m’a profondément blessé. Je suis en colère. Je ne comprends pas pourquoi cela s’est produit. » Cette honnêteté n’est pas un manque de foi. Elle est souvent le début de la guérison.
Une douleur niée ne disparaît pas forcément. Elle peut simplement être repoussée sous la surface, où elle continue à travailler. La grâce invite à l’honnêteté, pas à la suppression émotionnelle.
Creflo raconte avoir traversé une période de forte diffamation. Pendant un temps, sa réaction consistait à dire que cela ne l’atteignait pas. Lors d’un moment de prière, il dit avoir été confronté très simplement à la question : est-ce que cela t’a blessé ? Lorsqu’il a enfin reconnu que oui, la suite du travail intérieur a pu commencer. Il a alors commencé à prier pour ceux qui le diffamaient, et il décrit cette prière comme une étape qui a progressivement adouci son cœur.
Reconnaître la douleur ne signifie pas s’y installer. Cela signifie arrêter de construire notre liberté sur un mensonge. Ce qui est amené à Dieu peut être traité avec Dieu.
Une prière peut être aussi simple que : « Père, cela m’a fait mal. Je te l’apporte exactement comme je le ressens. Je sais que tu ne me condamnes pas pour cette douleur. Aide-moi à ne pas la laisser devenir de l’amertume. »
2. Passer de la revanche à la restauration
Le deuxième mouvement consiste à renoncer au besoin de faire payer l’autre.
Le pardon n’excuse pas l’offenseur. Il nous libère de son contrôle. Tant que notre paix dépend de sa punition, de ses excuses ou de sa reconnaissance, une partie de notre vie reste attachée à lui.
« 32Soyez bons les uns envers les autres, compatissants, vous pardonnant réciproquement, comme Dieu vous a pardonné en Christ. »
Éphésiens 4.32 · LSG
Pardonner ne veut pas dire déclarer que ce qui a été fait était acceptable. Cela signifie renoncer à faire de la vengeance notre mission personnelle. Nous pouvons remettre la personne, les conséquences et la justice entre les mains de Dieu tout en prenant les mesures concrètes nécessaires pour nous protéger lorsqu’une situation est dangereuse.
Le pardon est aussi un choix de foi avant d’être une émotion. Nos sentiments peuvent mettre du temps à suivre. Nous pouvons donc commencer par une décision : « Je refuse de laisser cette offense me définir. Je remets cette personne à Dieu. »
Cette décision peut être prise avec des larmes ou avec un cœur qui ne se sent pas encore totalement libre. Ce n’est pas de l’hypocrisie : c’est choisir une direction avant que nos émotions aient terminé leur trajet.
3. Remplacer la racine par la gratitude et la bénédiction
L’amertume rétrécit notre monde. Une seule offense peut finir par occuper nos conversations, nos pensées, notre lecture des relations et notre vision de l’avenir. Tout commence à être interprété à travers elle.
La gratitude fait le mouvement inverse. Elle élargit de nouveau notre champ de vision. Elle ne nie pas l’arbre qui nous a blessés ; elle nous rappelle simplement qu’il n’est pas toute la forêt.
« 21Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais surmonte le mal par le bien. »
Romains 12.21 · LSG
Bénir au lieu de maudire, remercier Dieu pour ce qui demeure bon, faire du bien quand la réaction instinctive voudrait rendre le mal : tout cela remet notre cœur en accord avec le caractère de Christ.
Creflo raconte qu’un animateur radio d’Atlanta le critiquait régulièrement à l’antenne. Lorsqu’il a appris que cet homme cherchait de l’argent pour un projet, il dit avoir senti que Dieu lui demandait de financer ce besoin. Il l’a fait malgré sa résistance intérieure. Le geste a provoqué des excuses de la part de l’animateur. Plus tard, lorsque les critiques ont repris, Creflo explique avoir choisi de continuer à demander à Dieu de le bénir plutôt que de reprendre le cycle de l’offense.
L’intérêt de l’exemple n’est pas que nous devions toujours donner de l’argent à quelqu’un qui nous a fait du mal. Le principe est de chercher une réponse qui brise le cycle plutôt qu’une réponse qui l’alimente.
La bénédiction transforme aussi le résidu de la douleur en matière pour la maturité. Après une épreuve, nous pouvons demander : qu’est-ce que j’ai appris ? Qu’est-ce que cette situation a révélé en moi ? Quelle sagesse dois-je emporter avec moi ?
Il ne faut pas laisser la sagesse dans le désert. Une saison douloureuse peut produire autre chose qu’une cicatrice : elle peut produire du discernement, des limites plus saines, une foi plus profonde et un caractère plus stable.
La maturité se voit sous pression
La maturité chrétienne ne se mesure pas seulement aux années passées dans la foi ou aux versets que nous savons citer. Elle devient particulièrement visible dans notre manière de répondre sous pression.
Que sort-il de nous lorsque nous sommes humiliés, contrariés, trahis ou provoqués ? Est-ce que la blessure décide immédiatement de notre comportement, ou est-ce que le fruit de l’Esprit commence à apparaître au milieu même de l’inconfort ?
Ce travail n’est pas instantané. Nous pouvons avoir besoin de revenir plusieurs fois devant Dieu avec la même offense. Nous pouvons avoir besoin de prier encore, de reconnaître encore ce que nous ressentons et de refaire le choix du pardon. Le but n’est pas de jouer à la personne spirituellement invulnérable. Le but est de devenir réellement libre.
L’offense est un choix. La liberté de l’offense l’est aussi. Et cette liberté ne repose pas seulement sur notre force : elle repose sur la grâce disponible en Christ.
Pour méditer
- Y a-t-il une décision importante que j’ai prise, ou que je m’apprête à prendre, sous l’effet d’une offense ?
- Ai-je réellement reconnu devant Dieu ce qui m’a blessé, ou est-ce que je fais seulement semblant d’être passé à autre chose ?
- Cette offense est-elle encore une douleur, ou a-t-elle déjà commencé à devenir amertume, ressentiment ou froideur ?
- À quoi ressemblerait, dans ma situation, le passage de la revanche à la restauration ?
- Quelle gratitude, quelle bénédiction ou quel acte de bien puis-je choisir pour empêcher cette offense de rétrécir mon monde ?
Passages cités dans l’enseignement
Matthieu 24.10 ; Genèse 50.20 ; 1 Samuel 24.12 ; Luc 23.34 ; 2 Corinthiens 11.23-28 ; Actes 16.22-23,25 ; Psaume 62.8 ; Éphésiens 4.32 ; Romains 12.21.
Source
Ce texte est un résumé en français de l’enseignement de Creflo Dollar. Les exemples personnels qui lui appartiennent sont signalés comme tels. Le contenu a été condensé et structuré pour la lecture tout en conservant la progression de l’enseignement original.
Pour suivre l’enseignement complet, vous pouvez regarder la vidéo originale sur YouTube : Don't Let Offense Derail Your Journey
Traduction biblique utilisée : Louis Segond 1910 (LSG) par défaut. La Bible J.N. Darby (JND) est utilisée ponctuellement pour Matthieu 24.10 afin de conserver la formulation « seront scandalisés », directement liée au thème de l’enseignement.