Qu’est-ce que l’offense ?

Avant de parler de l’offense comme d’un appât, il faut d’abord la définir. L’idée première est celle de « trébucher sur ». L’offense est un sentiment de ressentiment ou de blessure provoqué par ce que nous percevons comme une insulte, un manque de respect ou un tort.

Dans cette idée biblique, le mot grec skandalon renvoie à un obstacle, un piège ou quelque chose qui fait trébucher.

Spirituellement, l’offense est donc quelque chose qui fait trébucher notre cœur : elle peut nous faire perdre notre paix, rompre la communion et nous faire passer de l’amour et de la grâce au ressentiment, au jugement ou à l’orgueil.

L’offense est un appât

Un pêcheur met un appât sur un hameçon parce qu’il veut attirer le poisson suffisamment près pour qu’il le morde. Tant que le poisson ne mord pas, l’hameçon ne peut pas le tirer hors de l’eau.

L’offense fonctionne comme un appât.

Des paroles blessantes, un manque de respect, une injustice, une critique, un rejet, une attaque ou même quelque chose que nous avons simplement perçu comme une offense peuvent nous être présentés. Mais l’événement extérieur et ce que nous décidons d’en faire intérieurement sont deux choses différentes.

L’offense peut être proposée. Pour qu’elle commence réellement à nous gouverner, il faut que nous la prenions.

Une personne nous blesse. Nous perdons notre paix. Nous repassons la scène dans notre tête. Nous commençons à juger ses intentions. Puis nous changeons notre manière de lui parler. Nous nous éloignons. Nous racontons l’histoire à quelqu’un d’autre. Nous la répétons encore. Et une situation extérieure finit progressivement par occuper un espace intérieur beaucoup plus grand que l’événement lui-même.

C’est à ce moment que l’appât a été pris.

On ne contrôle pas ce qui nous est proposé

Jésus prévient ses disciples que les occasions de chute viendront.

« 1Il est impossible qu’il n’arrive pas des scandales ; mais malheur à celui par qui ils arrivent ! »

Luc 17.1 · LSG

Il ne dit pas que nous pourrons organiser notre vie de manière à ne jamais rencontrer de personnes difficiles, de paroles injustes, de désaccords ou de blessures.

Les offenses viendront.

Nous pouvons prier. Nous pouvons lire la Bible. Nous pouvons aller à l’église. Nous pouvons grandir spirituellement. Cela n’empêchera pas toutes les occasions d’être offensés.

La vraie question devient donc : que faisons-nous lorsqu’elles arrivent ?

Il existe une différence entre ressentir une blessure et décider de la porter. Il existe aussi une différence entre reconnaître qu’une personne nous a fait du mal et donner à ce mal le pouvoir de contrôler notre paix, nos pensées et nos prochaines décisions.

C’est pourquoi Jésus peut aussi dire :

« 23Heureux celui pour qui je ne serai pas une occasion de chute ! »

Luc 7.23 · LSG

La maturité ne consiste pas à devenir incapable de ressentir une blessure. Elle consiste à apprendre à ne pas laisser cette blessure prendre le volant.

Prendre offense, c’est lui donner une place dans notre cœur

L’offense peut commencer par quelque chose de très concret : une personne n’a pas fait ce que nous attendions, nous a parlé d’une manière que nous jugeons irrespectueuse, nous a ignorés, critiqués ou mal compris.

La réaction intérieure peut alors devenir : « Comment a-t-il pu me parler comme ça ? », « Elle aurait dû me traiter autrement », « Je ne mérite pas ça », « Je vais lui montrer ».

Le problème n’est plus seulement ce qui s’est passé. Nous commençons à laisser l’événement déterminer ce qui se passe en nous.

Le ressentiment s’installe. Puis parfois l’amertume, le jugement ou l’orgueil.

On peut extérieurement rester poli tout en étant profondément offensé. On sourit, on dit que tout va bien, mais intérieurement on a déjà commencé à se séparer de l’autre.

L’offense peut même conduire à l’isolement : on coupe la communication, on évite quelqu’un, on quitte une relation, un groupe ou une communauté sans jamais traiter ce qui s’est produit dans notre cœur.

Cela ne signifie pas qu’il ne faut jamais prendre de distance. Certaines relations nécessitent de vraies limites. Se protéger d’un comportement abusif ou destructeur n’est pas la même chose que nourrir l’amertume. La question reste celle de ce qui gouverne notre décision : est-ce la direction du Saint-Esprit ou l’offense ?

L’offense peut durcir le cœur

« 19Un frère offensé est pire qu’une ville forte, et leurs querelles sont comme les verrous d’un palais. »

Proverbes 18.19 · LSG

Une ville fortifiée est difficile à pénétrer. Une fois l’offense installée, le cœur peut fonctionner de la même manière.

Nous bâtissons progressivement des murs autour de notre position. Nous ne voulons plus entendre l’autre. Nous réinterprétons chaque nouvelle parole à travers ce qui s’est déjà passé. Même une tentative de réconciliation peut être reçue avec suspicion.

Et plus nous entretenons cette offense, plus nous devenons convaincus que notre réaction est parfaitement légitime.

C’est aussi ce qui rend l’offense dangereuse spirituellement. Lorsque tout notre monde intérieur est occupé par ce que quelqu’un a fait, il devient plus difficile d’entendre clairement la direction de Dieu.

Nous avons besoin du Saint-Esprit pour être conduits. Nous ne pouvons donc pas traiter légèrement quelque chose qui remplit notre esprit, vole notre repos et dirige nos décisions.

Certaines personnes passent des jours à rejouer une conversation. Elles perdent leur sommeil à cause de quelqu’un qui, de son côté, ne pense probablement même plus à l’incident.

Nous devons apprendre à ne pas louer gratuitement des pièces entières de notre esprit aux paroles et aux comportements des autres.

L’offense nous fait agir en dehors de notre identité

Sous la grâce, la question ne consiste pas seulement à demander : « Est-ce que cette personne avait tort ? »

Elle consiste aussi à demander : « Qui suis-je en Christ, et quelle réponse correspond à cette identité ? »

Lorsque l’offense dirige notre réaction, nous pouvons quitter l’amour pour entrer dans le ressentiment, quitter le pardon pour entrer dans la vengeance, quitter la liberté pour entrer dans l’obsession, ou quitter l’humilité pour entrer dans l’autosatisfaction.

Nous savons pourtant que notre identité est ailleurs.

Nous sommes aimés. Nous sommes pardonnés. Nous avons reçu la grâce. Nous avons été libérés de la condamnation.

L’enjeu devient alors de laisser cette identité produire notre réponse.

Cela demande de la maturité.

Une personne immature doit répondre à tout. Elle doit corriger chaque commentaire, gagner chaque discussion, défendre son image et prouver qu’elle a raison.

Une personne qui grandit apprend que toutes les batailles ne méritent pas d’être menées.

Elle apprend aussi le silence.

Paul donne d’ailleurs cette instruction :

« 17Je vous exhorte, frères, à prendre garde à ceux qui causent des divisions et des scandales, au préjudice de l’enseignement que vous avez reçu. Éloignez-vous d’eux. »

Romains 16.17 · LSG

Refuser l’offense ne signifie donc pas rester disponible pour toutes les provocations. La Bible permet aussi de reconnaître certains comportements, de prendre de la distance et d’établir des limites.

Il existe des discussions dont le seul résultat sera de nous laisser plus irrités qu’avant. Des débats dans lesquels personne ne cherche réellement la vérité. Des échanges en ligne où l’objectif est simplement de provoquer.

Nous n’avons pas besoin d’accepter chaque invitation au combat.

L’offense ouvre la porte à autre chose

L’offense est rarement la destination finale. Elle devient souvent le commencement d’une chaîne.

« 10Et alors plusieurs seront scandalisés ; et ils se livreront l’un l’autre, et se haïront l’un l’autre. »

Matthieu 24.10 · JND

La formulation est forte : offense, trahison, haine.

Quelque chose qui commence par une blessure peut progressivement produire des comportements beaucoup plus graves si nous continuons à l’alimenter.

L’exemple de Caïn le montre de manière extrême.

Dans Genèse 4.3-8, Caïn voit que l’offrande d’Abel est agréée alors que la sienne ne l’est pas. Il se met en colère et son visage s’abat. Dieu l’avertit.

« 7Certainement, si tu agis bien, tu relèveras ton visage, et si tu agis mal, le péché se couche à la porte, et ses désirs se portent vers toi : mais toi, domine sur lui. »

Genèse 4.7 · LSG

Caïn avait encore la possibilité de répondre autrement. Pourtant, il laisse ce qui se passe en lui continuer à fermenter, jusqu’à tuer son frère.

L’exemple est extrême, mais le principe est important : il faut traiter l’offense avant qu’elle ne commence à produire autre chose.

On peut nourrir une blessure jusqu’à ce qu’elle devienne colère. Nourrir la colère jusqu’à ce qu’elle devienne haine. Nourrir la haine jusqu’à poser des actes que nous n’aurions jamais imaginé poser au commencement.

La colère ne produit pas la maturité que Dieu recherche

« 20Car la colère de l’homme n’accomplit pas la justice de Dieu. »

Jacques 1.20 · LSG

L’offense se transforme facilement en colère.

Et lorsque cette colère devient notre mode de fonctionnement, elle empêche ce que Dieu cherche à former en nous de devenir visible.

Nous sommes peut-être la justice de Dieu en Christ, mais notre comportement peut ne pas encore ressembler au caractère de Christ.

C’est là qu’intervient la maturité chrétienne.

Le but n’est pas simplement d’avoir plus de connaissances bibliques, de défendre correctement une doctrine ou de remporter des débats. Le but est aussi que le caractère de Jésus devienne de plus en plus visible dans notre manière de traiter les autres.

Puis-je aimer quand aimer devient difficile ?

Puis-je pardonner rapidement ?

Puis-je me taire lorsque répondre ne produira rien de bon ?

Puis-je renoncer au besoin d’être validé ?

Puis-je voir quelqu’un au milieu de son processus de transformation sans utiliser ses défauts pour me sentir supérieur ?

Ce sont aussi des questions de maturité spirituelle.

L’offense peut étouffer la Parole reçue

Jésus donne une autre image dans la parabole du semeur.

« 16Les autres, pareillement, reçoivent la semence dans les endroits pierreux ; quand ils entendent la parole, ils la reçoivent d’abord avec joie ; 17mais ils n’ont pas de racine en eux-mêmes, ils manquent de persistance, et, dès que survient une tribulation ou une persécution à cause de la parole, ils y trouvent une occasion de chute. »

Marc 4.16-17 · LSG

Il est possible de recevoir la Parole avec joie le dimanche et de rencontrer une offense quelques heures plus tard.

La question devient alors : qu’est-ce qui va avoir le dernier mot ?

Nous pouvons entendre un enseignement sur l’amour, le pardon, la paix ou la grâce, puis abandonner immédiatement ce que nous venons de recevoir lorsque quelqu’un nous irrite.

L’offense devient alors un moyen de faire trébucher la Parole avant qu’elle ne s’enracine et produise du fruit.

C’est pour cela qu’elle est un appât particulièrement efficace : elle nous donne souvent l’impression que notre réaction est justifiée.

Même la vérité peut offenser

Deux épisodes de la vie de Jésus montrent aussi comment l’offense peut agir.

Dans Matthieu 15, Jésus enseigne que ce qui souille réellement une personne ne vient pas simplement de l’extérieur.

« 11Ce n’est pas ce qui entre dans la bouche qui souille l’homme ; mais ce qui sort de la bouche, c’est ce qui souille l’homme. »

Matthieu 15.11 · LSG

Les disciples reviennent alors vers lui :

« 12Sais-tu que les pharisiens ont été scandalisés des paroles qu’ils ont entendues ? »

Matthieu 15.12 · LSG

Jésus avait dit la vérité. Pourtant, certains l’ont reçue comme une offense.

Cela nous rappelle une distinction importante : le fait qu’une parole nous dérange ne signifie pas automatiquement que cette parole est fausse.

Il faut parfois résister à une réaction défensive suffisamment longtemps pour demander : « Est-ce que quelque chose de vrai est en train de me confronter ? »

À Nazareth, une autre forme d’offense apparaît.

Les habitants regardent Jésus à partir de ce qu’ils savent de son histoire.

« 3N’est-ce pas le charpentier, le fils de Marie, le frère de Jacques, de Joses, de Jude et de Simon ? et ses sœurs ne sont-elles pas ici parmi nous ? Et il était pour eux une occasion de chute. »

Marc 6.3 · LSG

Ils le connaissent trop selon la chair pour recevoir ce qui vient de Dieu à travers lui.

Le récit poursuit :

« 5Il ne put faire là aucun miracle, si ce n’est qu’il imposa les mains à quelques malades et les guérit. »

Marc 6.5 · LSG

Leur offense ne détruit pas l’onction présente sur Jésus ; elle les empêche, eux, de recevoir pleinement ce qui était disponible.

La question mérite donc d’être posée : qu’est-ce que mon offense m’empêche de recevoir ?

La réponse de la nouvelle alliance

La réponse n’est pas de prétendre que rien ne nous blesse.

Elle n’est pas non plus de tolérer l’abus, de supprimer toutes les limites ou de rester dans chaque relation sous prétexte d’être chrétien.

La réponse consiste à refuser que la blessure détermine ce que notre cœur devient.

Paul écrit :

« 31Que toute amertume, toute animosité, toute colère, toute clameur, toute calomnie, et toute espèce de méchanceté, disparaissent du milieu de vous. 32Soyez bons les uns envers les autres, compatissants, vous pardonnant réciproquement, comme Dieu vous a pardonné en Christ. »

Éphésiens 4.31-32 · LSG

Le modèle est ce que Dieu a déjà fait pour nous en Christ.

Nous ne pardonnons pas pour prétendre que ce qui s’est passé était acceptable. Nous pardonnons à partir du pardon que nous avons nous-mêmes reçu.

Colossiens reprend le même principe :

« 13Supportez-vous les uns les autres, et, si l’un a sujet de se plaindre de l’autre, pardonnez-vous réciproquement. De même que Christ vous a pardonné, pardonnez-vous aussi. »

Colossiens 3.13 · LSG

Nous sommes tous en processus.

La personne devant nous peut être au milieu d’une transformation que Dieu n’a pas encore terminée. Et nous aussi.

Il est facile d’oublier nos propres étapes lorsqu’un autre croyant traverse aujourd’hui quelque chose dont Dieu nous a déjà fait sortir.

La grâce produit une autre posture : faire de la place pour la croissance des autres sans appeler le mal bien, mais sans les réduire non plus à leur pire moment.

Le véritable objectif : ressembler davantage à Jésus

Au fond, cette première leçon ramène à une question plus importante que toutes les offenses particulières que nous pouvons rencontrer :

Est-ce que le caractère de Jésus devient visible en moi ?

Nous pouvons gagner un argument et perdre notre paix.

Nous pouvons avoir raison sur le fond et répondre d’une manière qui ne ressemble pas à Christ.

Nous pouvons prouver publiquement qu’une personne nous a fait du tort et laisser cette personne contrôler intérieurement notre semaine entière.

Ou nous pouvons grandir.

Nous pouvons reconnaître l’appât avant de mordre.

Nous pouvons pardonner plus vite.

Nous pouvons poser des limites sans haine.

Nous pouvons choisir de ne pas répondre à certaines provocations.

Nous pouvons arrêter de répéter, nourrir et entretenir ce qui nous a blessés.

Et lorsque nous réalisons que nous avons déjà pris l’offense, nous pouvons la déposer.

Le but n’est pas de devenir insensible. Le but est de devenir libre.

Pour méditer

  • Y a-t-il aujourd’hui une personne ou une situation que je continue à rejouer mentalement ?
  • Ai-je simplement été blessé, ou suis-je en train de nourrir volontairement cette blessure ?
  • Cette offense a-t-elle commencé à modifier ma paix, mon sommeil, mes paroles ou ma manière de traiter quelqu’un ?
  • Ai-je pris une décision importante parce que j’étais offensé : quitter, couper une relation, répondre, me venger ou prouver quelque chose ?
  • Existe-t-il une discussion, notamment en ligne ou dans mon entourage, à laquelle je dois simplement cesser de participer ?
  • Ai-je confondu le pardon avec l’absence de limites ? Puis-je pardonner tout en prenant une distance saine lorsque celle-ci est nécessaire ?
  • Quelle réponse ressemblerait aujourd’hui davantage au caractère de Jésus ?
[@portabletext/react] Unknown block type "prayerBlock", specify a component for it in the `components.types` prop

Passages cités dans l’enseignement

Luc 7.23 ; Luc 17.1 ; Proverbes 18.19 ; Romains 16.17 ; Matthieu 24.10 ; Jacques 1.20 ; Marc 4.16-17 ; Genèse 4.3-8 ; Matthieu 15.11-12 ; Marc 6.3-5 ; Éphésiens 4.31-32 ; Colossiens 3.13.

Source

Ce texte est un résumé en français de l’enseignement de Creflo Dollar. Les exemples personnels, analogies et interprétations présentés ici reflètent son enseignement dans la vidéo originale. Ils ont été condensés pour la lecture, sans chercher à les remplacer par une autre interprétation.

Pour suivre l’enseignement complet, vous pouvez regarder la vidéo originale sur YouTube : Can Offense Move You Out of the Will of God?

Traduction biblique utilisée : Louis Segond 1910 (LSG) par défaut. La Bible J.N. Darby (JND) est utilisée ponctuellement pour Matthieu 24.10, dont la formulation « seront scandalisés » restitue directement la nuance sur laquelle repose l’enseignement.